Deux mots imprononces (1)Nouvelles publié(e) par CHANOUPoeme > Nouvelles > Deux mots imprononces (1) |
| 05 Jui 2008 à 16:39 | Deux mots imprononces (1) |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Marie Christine avait choisi minutieusement sa place. La place idéale, pensait-elle. Un endroit éloigné du bruit et de l’agitation des restaurants du port, un banc tourné vers l’étendue liquide un peu glauque sur laquelle reposaient les yachts, les luxueux bateaux de pêche et quelques voiliers et autres embarcations en tous genres du port de Palavas les flots. Un banc de bois un peu tiède, où les rayons doux du soleil donnaient toute leur puissance hivernale. Elle avait déplié son « Midi libre », et laissait glisser ses yeux au long des colonnes, à l’affût des croustillantes anecdotes, des inquiétant faits divers qui émaillent ce bon vieux quotidien. Près d’elle, elle avait placé son casse-croûte, laissant monter peu à peu la faim en elle. De temps à autre, elle levait son petit nez du journal et contemplait les ponts de plastique, de métal ou de bois, levait les yeux vers les antennes, les mâts, les cordages. Elle laissait alors aller ses souvenirs de lectures : bribes éclectiques qui la menaient de Marguerite Duras à Pierre Loti, de René Char à Edgar Poe, en passant par jack London et Jules Vernes. Passionnée d’aventures de mer et de poésie sur ce thème, de voyages romanesque, Marie Christine avait dans son petit appartement de Palavas accumulé une collection inimaginable de romans et de recueils de poèmes traitant de ce sujet prolixe : la mer. Le petit bout de femme venait souvent traîner sur le port et y prolongeait les rêves de ses lectures. Un léger coup de vent la ramena à la réalité, dans le cliquetis des mâts et elle ouvrit son sac, mordit dans son sandwich avec appétit, salivant dans le cri des mouettes, les yeux flânant dans les légers nuages errants, l’abondante chevelure rousse libérée au rythme de l’air marin. Elle sursauta. Une voix écorchée avait proféré un laconique « bon appétit ». Le temps que le brun doré des yeux rêveurs de la petite femme se pose sur le visage sec et bronzé, deux mollets nerveux avaient disparu en deux bonds fougueux dans la cabine d’un voilier. En un coup d’œil elle avait vu briller un anneau à une oreille et deux yeux d’un noir intense. L’image de ce visage épuré s’était fixé en elle dans l’instantané de cette fraction de seconde : le front bas ceint d’un bandana rouge, la chevelure d’un blond rêche et délavé nouée à l’arrière en une longue queue terne, le sourcil effilé, l’œil mobile, le nez droit et fin… Ce visage avait égratigné quelque organe à l’intérieur d’elle-même en un vif et douloureux spasme. Ce bouleversement, cet événement soudain et bref faisaient contraste avec le calme du port, figé à présent dans un immobile midi perdu dans une tiède éternité méridionale que seule cette région est capable de diffuser. Le voilier avait à peine bougé sous les deux bonds du jeune Corsaire, comme déjà Marie Christine se plaisait à appeler mentalement la magique apparition. Le pont était à présent immobile, aucun son ne sortait de la partie habitée. L’était-elle vraiment, habitée ? Rien ne le laissait paraître. Le pont de bois était terne, les voiles grisâtres, serrées contre les mâts, avaient perdu leur âme. Ce voilier avait l’aspect abandonné d’une des nombreuses embarcations qui ne prennent vie que quelques jours les mois d’été. Tandis qu’elle terminait laborieusement son sandwich, la bouche asséchée et l’appétit en allé dans cette aventure inattendue, Marie Christine sentait comme un malaise, une lourdeur au-dessus d’elle : un regard. On la surveillait. C’était sans doute son Corsaire, qui tout en déjeunant silencieusement détaillait sa petite silhouette à travers les vitres sales. La femme, intriguée, jetait quelques coups d’oeils vers la cabine, mais les vitres étaient opaques et elle ne voyait qu’une pénombre à l’intérieur du voilier. Pourquoi le Corsaire ne s’était-il pas installé sur le pont pour son repas, alors qu’il faisait si bon, ce jour-là ? Peut-être se cachait-il, ce qui expliquait sa disparition aussi soudaine. Mystère … Après une courte promenade digestive sur la digue, jusqu’à la masculine statue protectrice du port, Marie Christine regagna son petit appartement. Elle se sentait comme abandonnée, vide de tout entrain, esseulée. Il est vrai qu’à Palavas, elle ne connaissait encore personne. Sa vie était ailleurs, dans une autre ville. A Palavas, elle venait déposer ses tracas, faire le vide, parcourir les plages, rêver. Elle aimait y venir seule, laisser s’écouler quelques beaux moments de sa cinquantaine en une vacuité réparatrice. Mais aujourd’hui cette solitude lui pesait et elle s’enfonça dans la lecture de sa dernière acquisition, un livre tout récemment édité qu’elle avait acheté rien que pour son titre : « Les amants de Palavas ». Marie Christine peigna lentement sa soyeuse chevelure rousse, surveilla longuement les ridules soulignant ses yeux dorés, mit un soupçon de rouge à lèvres (seule coquetterie qu’elle se permettait à l’occasion ) et choisit une longue robe qui mettait en valeur sa taille restée fine malgré ses cinquante ans. Ainsi parée, elle alla timidement errer vers le port. Les lumières s’étaient depuis longtemps allumées dans la fringante petite ville aux allures de fête perpétuelle. Personne ne la remarquait, perdue dans les déambulations familiales des touristes du samedi soir qui même l’hiver regagnent le bord de mer les jours de beau temps, ou même les jours de tempête pour admirer les surfeurs de la rive droite. Elle n’alla pas tout de suite sur le port de plaisance. Elle longea avec une nonchalance feinte la rive droite du canal, depuis le pont illuminé jusqu’aux restaurants près de la capitainerie. Elle essayait de se mentir à elle-même et faisait mine d’avoir oublié sa brève vision de midi. Mais à mesure qu’elle progressait vers les yachts et le fameux voilier, son cœur s’accélérait. Arrivée à la hauteur du voilier, Marie Christine ralentit encore l’allure en jetant des regards furtifs vers l’embarcation. Aucune lumière ne filtrait des fenêtres vides. Ce voilier paraissait complètement mort. Déçue, elle regagna son logement. CHANOU (c'est la première partie). |
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Poeme publié 05 Jui 2008 à 16:39 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 05 Jui 2008 à 16:45 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() eclaircie Message privé Poétesse créative Poèmes publiés: 207 Commentaires: 11772 Votes reçus: 886 Votes distribués: 1398 Inscription: 2008-01-19 Bloquer |
au plaisir de lire la deuxième (ou les suivantes s'il est sont plusieurs), belle écriture, genre peu mis en ligne la nouvelle, alors plaisir de cette découverte très bien écrite. amicalement |
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Poeme publié 05 Jui 2008 à 16:45 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 06 Jui 2008 à 17:18 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() ecrireve Message privé Usager Supprimé Poèmes publiés: 213 Commentaires: 8038 Votes reçus: 1067 Votes distribués: 1042 Inscription: 2008-03-11 Bloquer |
belle sortie ...à flâner sur les quais ...douce rêverie...tout semblait mort à bord de ce bateau ..mais, je suis curieuse de voir la suite belle écriture !! |
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Poeme publié 06 Jui 2008 à 17:18 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 06 Jui 2008 à 17:27 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() klodnosang Message privé Usager Supprimé Poèmes publiés: 139 Commentaires: 2274 Votes reçus: 249 Votes distribués: 151 Inscription: 2007-11-18 Bloquer |
superbe écriture!!! mystere ,attente vivement la suite!! |
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Poeme publié 06 Jui 2008 à 17:27 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 06 Jui 2008 à 23:31 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Merci, éclaircie pour ton com. Je suis contente que tu apprécies. Amitiés, Chanou. |
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Poeme publié 06 Jui 2008 à 23:31 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 06 Jui 2008 à 23:38 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() bonois Message privé Poète actif Poèmes publiés: 60 Commentaires: 11865 Votes reçus: 1884 Votes distribués: 1121 Inscription: 2007-12-10 Bloquer |
Une nouvelle, bonne nouvelle ! J'aime beaucoup. Bien à toi Chanou. Amitiés |
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Poeme publié 06 Jui 2008 à 23:38 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 06 Jui 2008 à 23:39 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Ecrirêve, Tes voeux sont exaucé, tu peux lire la deuxième et dernière partie. Amitiés, Chanou. |
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Poeme publié 06 Jui 2008 à 23:39 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 07 Jui 2008 à 00:04 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() LeMondalenvers Message privé Usager Supprimé Poèmes publiés: 16 Commentaires: 1182 Votes reçus: 100 Votes distribués: 29 Inscription: 2008-06-02 Bloquer |
Belle cette nouvelle, écriture sobre et concise description attrayante...je connais la poétesse maintenant je connais la nouvelliste tout aussi talentueuse! |
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Poeme publié 07 Jui 2008 à 00:04 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 07 Jui 2008 à 00:32 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Klodnosong, Ravie de t'avoir tenue en haleine. Chanou. |
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Poeme publié 07 Jui 2008 à 00:32 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 07 Jui 2008 à 17:42 | Re: Deux mots imprononces (1) |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Merci Bonois de ton passage ici. Amitiés, Chanou. |
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Poeme publié 07 Jui 2008 à 17:42 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
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