UN ETANG, UN CHAT 4Nouvelles publié(e) par CHANOUPoeme > Nouvelles > UN ETANG, UN CHAT 4 |
| 14 Mars 2008 à 19:17 | UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Au petit matin, un air plus frais se glissa par la fenêtre de sa chambre. Elle s’endormit enfin dans les cris des mouettes et les premières rumeurs du jour naissant. - « Bonjour, Madame ! » La femme aux longs cheveux noirs sursauta et faillit manquer une des marches de l’escalier menant à la cour. Elle se dirigea vers la voix perdue dans la pénombre de l’appartement du rez-de-chaussée, descendant l’escalier abrupt avec précaution, approcha de la longue fente noire que diffusait la porte, se sentant un peu ridicule dans sa chemise de nuit en cette belle matinée d’été déjà bien avancée. La blanche femme semblait translucide dans les rayons du soleil. Une grosse tête ronde et rougeaude apparut dans l’entrebâillement du volet de la porte, clignant des paupières dans la clarté réverbérante de la cour. La femme pâle s’attarda un moment à bavarder avec la grosse dame, ses narines se fronçant malgré elle contre l’odeur âpre de cigarette qui l’assaillait. Tout en parlant, elle sentait comme un vide, une impression inhabituelle ; quelque chose manquait… - « Et votre chien, qu’est-il devenu ; vous ne l’avez plus cette année ? s’exclama-t-elle, son pâle visage éclairé d’une lucidité soudaine. » - « Hélas, ma bonne dame, il a fini par mourir de sa belle mort. Il était si vieux ! Rappelez-vous déjà l’an dernier comme il se traînait péniblement. Ma mère et moi, on l’a bien pleuré, va. » La vieille, interpellée, approcha à petits pas traînants, ouvrant sur la cour de grands yeux creux égarés, ses cheveux formant des mèches éparses et rares autour de son visage grisâtre. A sa suite un magnifique chat, le corps jeune et fringant, à la démarche élastique, le poil brillant, noire tache de nuit dans la cour inondée de soleil, regarda longuement la femme translucide qui restait immobile dans sa longue chemise de nuit, les yeux clairs agrandis de surprise. Elle, comme sortant d’un rêve, frissonnante dans la chaleur commençante, tordit nerveusement ses longs cheveux noirs et poursuivit la conversation ; - « Et vous l’avez depuis longtemps, ce chat ? » demanda-t-elle en essayant d’atténuer l’excitation dans sa voix. _ « Oh, je l’ai trouvé près de l’étang. Il était tout sale. Il ne bougeait pas d’un poil. Sur le moment, j’ai cru qu’il était mort. Je l’ai poussé du bout du pied, et il a ouvert un œil. Je l’ai ramassé, je l’ai lavé. Il n’avait aucune blessure. Mais il avait l’air… comment dire… indifférent à tout, sans réaction. Maintenant, depuis quelques temps, il va beaucoup mieux. Il reprend goût à la vie. Il suit ma mère partout. Il a un appétit d’ogre. Le problème, c’est que tous les soirs, il se sauve et ça me met en souci. S’il venait à disparaître, ma vieille mère ne s’en remettrait pas. Elle a déjà eu tant de peine à la mort de notre pauvre chien. » La longue femme prit congé, comme une somnambule, silhouette laiteuse dans sa chemise de nuit. Les jours suivants, elle n’osa plus retourner à l’étang. Par contre, tous les jours elle appelait le chat, et à l’ombre du petit palmier elle caressait tendrement son poil noir et luisant, le prenant sur ses genoux malgré la chaleur étouffante de la cour. Souvent ils se regardaient longuement, dans les yeux, et restaient là immobiles, comme absents à la vie autour d’eux, en dehors du temps. Un soir pourtant elle partit traîner sa tristesse vers l’étang, à la tombée du jour. Le soleil avait déjà disparu quand elle se glissa dans le petit abri de bois. Elle allongea son long corps blanc sur les planches douces et attendit, le cœur battant. Rien ne vint, ni personne. L’heure fut vite noire ; tout vivait autour d’elle mais elle ne percevait aucune parcelle de cette vie, végétale et animale qui pourtant se manifestait ardemment. Seuls comptaient pour elle les pas. Les pas qui ne venaient pas. Les pas qu’elle n’entendait pas. Tous les soirs elle alla à l’étang. Tous les soirs elle en revint plus triste. Les jours s’étiraient en longues siestes et en visites prolongées au chat noir, qui semblait comme elle interminablement dépérir dans les immuables journées étouffantes. Un jour, la grosse dame lui avait dit : - « A présent, il ne se sauve plus, le chat. Nous l’attachons au pied du lit avant de nous coucher. Au moins, je suis tranquille. » A ce moment même, le chat avait poussé un étrange miaulement sauvage et étranglé. Aujourd’hui les touristes ont délaissé la plage. En un groupe compact, derrière le cordon de sécurité, les derniers sur la pointe des pieds pour mieux voir, ils essaient d’apercevoir le corps. La police s’affaire sur le ponton de bois menant à l’observatoire de l’étang du Grec, notant des observations dans leur calepin réglementaire : « Femme d’environ 40 ans. Cheveux : noirs. Peau : blanche. Taille : grande. Date présumée de la mort : la nuit dernière. Traces de griffures larges et profondes en divers endroits du corps. Au niveau du cou, l’artère jugulaire a été déchirée. C’est cette blessure qui a sans doute entraîné la mort. Un cas similaire a été observé au mois de mai. On a donc sans doute affaire à un tueur en série. (Ou à une tueuse, vu les ongles…) » Un chat noir tourne autour du groupe de touristes d’un air égaré. Une fine ficelle attachée à son collier traîne dans la poussière du sentier. Personne n’a pris garde à sa présence. FIN ! |
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Poeme publié 14 Mars 2008 à 19:17 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 14 Mars 2008 à 21:10 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() Retourdage2 Message privé Usager Supprimé Poèmes publiés: 11 Commentaires: 332 Votes reçus: 45 Votes distribués: 19 Inscription: 2008-02-16 Bloquer |
Chanou ! Mais c'est Chat-garou ! Y a pas de suite alors? Oh j'aurais aimé connaître ce qu'il est devenu ce chat noir tueur et qui traîne encore sur les plages...! Il n'a pas intérêt à tourner du côté de mes charmantes touristes ! Et puis c'est assez loin pour qu'il y parvienne! Pour le texte, je trouve que ta manière de narrer est non seulement sensible mais elle est surtout soucieuse des détails qui font la force du texte entier. Je regrette l'absence cependant de dialogues plus longs qui auraient pu nous éclairer mieux sur les instants denses et forts du récit... Je me trompe peut-être mais ce n'est qu'un avis qui ne change rien à la beauté du rendu magistral et captivant. Merci Chanou pour ce beau récit (1-4) J'adore et je vote! Hafid, inspecteur en retraite! |
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Poeme publié 14 Mars 2008 à 21:10 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 16 Mars 2008 à 17:39 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Merci retourdage pour ces commentaires et conseils. Je n'ai cependant pas l'intention de remanier ma nouvelle ; elle va être éditée dans un recueil regroupant des nouvelles écrites sur les étangs de Palavas, par une association de ladite ville. Amitiés, Chanou. |
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Poeme publié 16 Mars 2008 à 17:39 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 23 Avr 2008 à 00:07 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Ravie, Framboise, de te compter parmi mes lectrices de nouvelles du site, les courageuses. Amitiés, Chanou |
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Poeme publié 23 Avr 2008 à 00:07 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 14 Juin 2008 à 18:02 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() Lucette Message privé Poétesse timide Poèmes publiés: 3 Commentaires: 10 Votes reçus: 3 Votes distribués: 1 Inscription: 2008-06-13 Bloquer |
J'aime beaucoup les histoires rurales, avec des animaux. Merci ma Chanou, de perpétuer la belle tradition, avec tant de talent! La bise de Luce. |
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Poeme publié 14 Juin 2008 à 18:02 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 17 Juin 2008 à 23:35 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Lucette, Merci de ta patiente lecture, et de cette appréciation. |
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Poeme publié 17 Juin 2008 à 23:35 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 17 Juin 2008 à 23:40 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() bonois Message privé Poète actif Poèmes publiés: 60 Commentaires: 11865 Votes reçus: 1884 Votes distribués: 1121 Inscription: 2007-12-10 Bloquer |
Digne des romans noirs ! Bien à toi Chanou. Amitiés |
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Poeme publié 17 Juin 2008 à 23:40 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
| 22 Juin 2008 à 10:56 | Re: UN ETANG, UN CHAT 4 |
![]() CHANOU Message privé Poétesse active Poèmes publiés: 142 Commentaires: 4970 Votes reçus: 563 Votes distribués: 1081 Inscription: 2007-11-01 Bloquer |
Merci d'avoir pris le temps de cette longue lecture, Bonois. Amitiés, Chanou. |
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Poeme publié 22 Juin 2008 à 10:56 + 1 Vote | Inapproprié? | Citer | Publier un commentaire à ce poème |
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